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Le thé et l’Angleterre

C’est au XVIIe siècle que le thé arriva en Angleterre. Samuel Pepys la décrivait comme « une boisson de Chine [qu’il] n’avait jamais bue auparavant ». Comment le thé est-il devenu le breuvage national des Anglais ? Le thé s’est d’abord rendu populaire en raison de ses prétendues vertus médicales. En France, Mazarin en buvait pour soigner sa goutte, et Racine était connu pour en consommer une grande quantité. Dans ses lettres à sa fille, Mme de Sévigné recommande à cette dernière de boire du thé, accompagné de sucre et de lait. Outre-Manche, c’est l’arrivée à la cour de Catherine de Bragance qui propulsa la boisson sur le devant de la scène. L’épouse de Charles II était une mordue de thé. Très vite, les courtisanes adoptèrent le breuvage de la reine consort…

Etant à l’époque une denrée rare et chère, le thé était réservé aux aristocrates. Il devint un art de vivre chic et raffiné. Les bonnes maisons se devaient désormais de posséder les plus beaux services à thé, ainsi que toute une panoplie d’accessoires liés à l’art du thé. Pour recevoir la reine, les courtisans faisaient venir d’Orient des tables pour servir le thé.

En 1706, Thomas Twining ouvrit le premier salon de thé Twinings en rachetant la Tom’s Coffee House à Londres. Cet amateur de thé s’était pris de passion pour la boisson lors d’un voyage en Chine. Il ne supportait plus de boire de la bière dès le matin. Il pensait que le thé, bu depuis des millénaires en Chine, avait quelque chose à apporter aux Anglais. Le pari était pourtant risqué dans une ville vouée au café et à la bière. Il eut la bonne idée d’ouvrir son salon aux femmes, qui, pour des raisons de bonnes moeurs, ne pouvaient fréquenter les Coffee Houses.  Finalement, son audace fut récompensée : en 1750, le thé était la boisson préférée de la classe ouvrière. Mais c’est véritablement au XIXe siècle, sous la direction de Richard Twining, que la marque réussit à s’imposer : en 1837, Twinings devient le fournisseur officiel de la reine Victoria. Jane Austen en était également adepte. Le logo Twinings fut créé en 1787 et n’a jamais été modifié depuis, devenant l’un des logos les plus anciens au monde. Aujourd’hui, Twinings est le leader mondial de la vente de thé. La marque a su conquérir le grand public avec des thés classiques comme le Darjeeling, le Ceylan et surtout le Earl Grey. Rachetée en 1964 par Associated British Foods, la société est dirigée par Stephen Twining (10e génération). Twinings est le fournisseur officiel de sa Majesté la reine Elisabeth II.

Mon avis perso : à une époque, j’avais du thé Twinings dans mes placards (en poudre, pas en sachet !), et je dois avouer que depuis que j’ai jeté mon dévolu sur les thés de marque, le Twinings me paraît bien fade, et bas-de-gamme. Je suis donc étonnée que le fournisseur officiel de la reine d’Angleterre ne propose pas au grand public du thé plus raffiné que celui qu’on trouve dans les supermarchés. Mais après tout, c’est ainsi qu’il s’est imposé, sur le marché « grande distribution » et non « épicerie fine »… Je ne doute pas que le thé servi à la reine soit d’une toute autre qualité. Je crois d’ailleurs savoir qu’on peut déguster leur thé haut-de-gamme dans leur boutique historique de Londres, au 216 Strand.

La culture du thé est un art de vivre chez les Britons, avec le Breakfast tea mais surtout l’Afternoon tea, le fameux thé de cinq heures, qui constitue presque un vrai repas, avec ses finger sandwiches et ses pâtisseries. Quel auteur disait que pour bien manger en Angleterre, il fallait prendre le petit-déjeuner trois fois ?
En France, le thé n’a pas su s’imposer de la même manière. Il n’a pas supplanté le café. La culture du thé est encore peu développée. Par exemple, difficile de trouver un vrai tea time de qualité à Paris, sauf à aller dans des palaces comme le Crillon, le Ritz, etc. Et encore, ces tea time ne sont pas à la hauteur des vrais tea time à l’anglaise… It’s not the real thing. Apparemment, le High tea du Ritz Paris fait pâle figure à côté de celui de Londres. Hum, je sais ce qu’il me reste à faire la prochaine fois que j’irai à Londres…

Crédits photo : Catherine de Bragance (1638-1705), La première boutique Twinings, ouverte par Thomas Twinings en 1706 à Londres, Tea tins in kitchen par Alexandre Dulaunoy

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